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L e capitaine Malo Bessec, figure calme et présente du Boréal, connaît cette vérité
mieux que personne. Sa disponibilité et son professionnalisme donnent au voyage un
rythme rassurant. Il lit la glace de sa passerelle, un craquement, un changement de
lumière, un frémissement sur l’eau. Sous sa conduite, le navire avance avec une préci-
sion presque instinctive, respectant la géographie mouvante des fjords et des champs
de glace.
À Uummannaq, la silhouette en forme de cœur de la montagne domine un village où
la vie « inuit » se déploie depuis toujours, maisons de bois coloré, barques tirées sur
les pierres, chiens de traîneau qui somnolent dans la clarté longue d’août. La culture
« inuit » n’est jamais un décor, elle est une trame profonde, une manière de vivre en
équilibre avec la mer, la glace, le vent. Les couleurs vives des façades ne sont pas un
charme pittoresque, elles sont une réponse à la lumière, un dialogue entre l’homme et
le paysage.
Dans les villages « inuit », les anciens sourient avec cette douceur tranquille de ceux
qui ont appris à lire la mer et la glace, tandis que les enfants filent entre les maisons
colorées, comme des éclats de vie dans la lumière infinie de l’été.
Leur incroyable sens de l’hospitalité et de l’humour, entre tradition, respect de la na-
ture et modernité, séduit tous les visiteurs.
Plus loin, le glacier Eqi offre un moment suspendu. Depuis la base Paul-Émile Victor,
on observe son front monumental qui descend directement de la calotte polaire. Le
Boréal déploie ses zodiacs, les moteurs s’éteignent, et l’on s’approche du mur glacé
dans un silence qui semble absorber l’air lui-même. Parfois une fracture se dessine, un
pan se détache, une vague s’élève. La glace vit, elle avance, se défait, se reforme. C’est
une scène d’une intensité presque primitive.
À « Ilulissat », le Groenland devient un théâtre d’icebergs en procession. Certains sont
hauts comme des tours, d’autres tournent lentement en révélant des formes insoup-
çonnées. La lumière, elle, ne cesse de se réinventer, blanche le matin, nacrée à midi,
bleu profond au crépuscule. Le Boréal avance lentement, comme pour ne pas troubler
l’équilibre fragile entre l’eau, la glace et la lumière.

