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IL peint la lumière, une lumière douce qui caresse les visages et les drapés,
mais il pense à l’espace. Il peint la grâce, mais il construit des architectures.
Il peint des anges, mais il observe les hommes.
La grande force de l’exposition est de le montrer non pas comme un illustrateur du
sacré, mais comme un auteur, un artiste doté d’un style parfaitement identifiable,
où la précision du trait rencontre une extrême sophistication.
Tout son charme est là, non pas dans le sujet, mais dans l’épure, dans le raffine-
ment des textures, dans la manière dont l’or devient une matière vibrante, presque
sonore. Son sens du détail est d’une modernité étonnante, les plis des drapés d’une
exactitude digne de la haute couture. Ses carnations sont parfois transparentes
comme du verre poli. Les pavements en marqueterie sont presque architecturaux.
Chaque élément révèle une intelligence visuelle qui dépasse la dévotion pour entrer
dans le territoire de la beauté pure.
Beato Angelico n’est pas seulement un mystique, c’est un styliste avant-gardiste, un
artiste pour qui la couleur a une valeur morale. Pour lui, la lumière est une vraie
fonction narrative et la composition a une dimension émotionnelle.
Dans les panneaux de la Pala di San Marco, réunis ici pour la première fois depuis
des siècles, on admire la précision d’un peintre qui savait diriger son atelier comme
une maison de création. Les bleus semblent taillés comme du lapis-lazuli de la pure
haute joaillerie. Ses drapés de tissus coulent comme des liquides précieux.
Autour de lui, ses collaborateurs sont capables de prolonger son vocabulaire, de
multiplier ses inventions, mais jamais de l’égaler, Fra Angelico reste le maître.
Fra Angelico and collaborator Crucifixion c. 1418–20
tempera and gold on panel 63.8 × 48.3 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art,
Maitland F. Griggs Collection, Bequest of
Maitland F. Griggs, 1943, inv. 43.98.5
Photo credits: The Metropolitan Museum of Art, New York

